Il y a quelques mois de cela, nous nous sommes accordé⸱es sur le fait que les data centers constituaient une menace nouvelle et urgente contre laquelle nous devions nous organiser. Ils font partie de l’infrastructure physique permettant aux GAFAM de conduire à l’échelle mondiale leur agenda fasciste et impérialiste. Ils sont la matérialisation concrète de leur pouvoir disproportionné ainsi que de leur vision dystopique du monde.
Leur impact matériel sur le territoire est énorme: minéralisation des terres agricoles, consommation et pollution de l’eau, gâchis gigantesque d’énergie, le tout imposé sans aucune consultation démocratique et populaire. Aussi sont-ils à la croisée de nombreuses luttes possibles. Or, en Belgique, l’opposition à ces grands projets néfastes et inutiles ne semble pas encore avoir pris. Nous avons donc décidé de lancer le mouvement et de débuter une lutte contre cette infrastructure de la surveillance de masse, du désastre écocidaire et de la course militariste. Sans présager des enjeux auxquels nous allions faire face, nous avons alors commencé à organiser notre première occupation festive avec enthousiasme, énergie et détermination.
Avec notre occupation festive, nous voulions installer un « village » militant et festif, avec la collaboration du milieu des « free parties ». Cela devait avoir lieu sur le chantier du nouveau data center de Google. Notre objectif principal était de construire des alliances et de montrer notre présence et notre solidarité envers les personnes vivant à proximité. Il n’est jamais facile d’expérimenter de nouvelles formes d’organisation, comme le fait d’annoncer publiquement la cible à l’avance, mais nous sommes convaincu·es qu’il s’agit là d’une étape importante dans la construction d’une lutte durable autour des data centers et de l’empire technofasciste. De plus, nous avons dû faire face à des défis imprévus. Alors qu’une vague de répression a mis la pression sur de nombreuses personnes, une canicule (indéniablement due aux dérèglements climatiques) a diminué les niveaux d’énergie, mais nous n’avons pas abandonné. Nous avons géré la situation et adapté le plan. Nous avons adapté notre timing pour assurer la sécurité de nos participant·es pendant cette canicule. Cela a eu un impact sur la planification. Les ateliers ont dû être annulés pour s’assurer que nous puissions traverser le village, distribuer des flyers et parler aux voisin·es. Les blocages policiers ont considérablement prolongé notre marche. Combinés au contexte de surveillance accrue, cela a également eu un impact sur la circulation de l’information. Nous reconnaissons que cela a causé de la confusion. Ensuite, nous avons du faire face à un autre défi : une tempête qui s’approchait. Nous avons surveillé la situation du mieux que nous le pouvions, mais les informations sur l’heure et l’intensité de la tempête étaient difficiles à obtenir. Nous avons donc décidé d’aller de l’avant. Une fois arrivés au deuxième lieu de réunion, les tentes et la musique ont été installées. Il était temps de se détendre et de se reposer un peu, mais la nourriture devait encore arriver. Les gens avaient faim et l’énergie était un peu basse, mais il a été difficile de faire venir la nourriture à cause des barrages policiers. Finalement, la nourriture est arrivée, mais au même moment la tempête nous a frappés de plein fouet et nous avons dû nous mettre à l’abri et attendre. Au bout d’un moment, la tempête s’est arrêtée. Nous avons vérifié que tout le monde était en sécurité et avons commencé à organiser les départs de celles et ceux qui voulaient partir. Un petit groupe est resté et a dansé jusqu’au petit matin. Pendant toute l’action, certaines personnes ont été arrêtées, d’autres ont été fouillées et photographiées, et d’autres sont reparties sans trop de difficultés.
Nous avons fait face à de nombreux défis, et sûrement fait quelques erreurs en cours de route. Nous sommes à votre écoute et prêt·es à recevoir des retours et à faire mieux. Nous sommes fier·es de notre action : nous avons dérangé Google (les travaux de construction ont été suspendus pendant plusieurs jours par mesure de précaution), la population locale nous a soutenus et a rejoint la manifestation, et nous avons pris des mesures contre ce projet destructeur avec notre joie, nous avons résisté à la présence policière et à la fureur climatique.
Aujourd’hui, nous sommes déterminé⸱es à poursuivre le travail contre les data centers : nous construisons actuellement une stratégie collective en nous connectant à d’autres collectifs, organisations et personnes. Cette co-construction est essentielle pour élargir la lutte, la rendre plus efficace, inclusive et durable sur le long terme. Bien que nous ayons mené une action à plus petite échelle, notre approche reste la même : organiser des actions de masse radicales et accueillir une diversité de tactiques et d’acteur⸱rices. Tout comme nous, différents mouvements de masse comme Ende Gelände, Geef Tegengas, les Soulèvements de la Terre en France, qui utilisent l’action directe, ont connu une diminution du nombre de participant·es ces derniers temps. Nous sommes un mouvement de masse radical luttant contre l’oppression, l’impérialisme et le capitalisme. Être radicaux et radicales nous rend fier⸱ères. Pour nous, cela signifie mettre en place des collaborations inclusives en recourant à une diversité de tactiques et de partenaires. L’action directe fonctionne. Les actions de masse fonctionnent. Elles ont un impact et créent un espace pour la résistance. Nous sommes un mouvement de masse frappé par une vague de répression. Nous comprenons que cela a pu avoir un impact sur votre confiance et votre engagement dans le mouvement. Vous n’êtes pas seul·es, nous ne sommes pas seul·es. Nous sommes un réseau de résistance. Nous sommes un réseau de solidarité. Soyons fier·ères ensemble. Soyons solidaires ensemble. Combattons ensemble.
Dans les mois à venir, nous avons décidé de ralentir tout en continuant à organiser une stratégie à plus long terme. L’une de nos priorités est le bien-être de notre mouvement. Nous nous concentrerons sur la sensibilisation et le renforcement de nos liens avec un réseau plus large de résistances. La répression n’est pas un problème individuel, c’est un problème collectif et une stratégie collective est donc nécessaire. En travaillant davantage sur la confiance, la transparence et la communication, nous serons plus fort·es qu’avant. Nous ne cesserons pas de nous organiser, les data centers sont une menace et nous devons agir. Nous vous invitons à rejoindre activement l’un des groupes de travail, et à faire partie du changement. Nous vous invitons à montrer votre solidarité et votre soutien, et à faire partie du changement. Nous vous invitons à créer du lien et à faire partie du changement.
Merci,
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Si vous souhaitez participer au mouvement pour la première fois, il y aura bientôt un événement d’intégration.